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Médias & Entrepreneuriat

Le métier de communicant, c'est pas tous les jours marrant

9 Juin 2013 , Rédigé par Valérie Bauer-Eubriet Publié dans #LES PROS DE LA COM

Le métier de communicant, c'est pas tous les jours marrant

Lors d'une conférence organisée par l'association Communication et Entreprise le 25 avril dernier, le sociologue Dominique Wolton, Directeur de l'Institut des Sciences de la Communication (CNRS), revenait sur ses 35 années de recherches portant sur la communication, «enjeu du 21e siècle». L'occasion de revenir sur le métier de communicant, qu'il estime «sous-valorisé»...

D. Wolton, Indiscipliné, Odile Jacob, 2012

«Les dirigeants considèrent trop souvent les communicants comme de simples faire-valoir, des agents dont le métier serait de faire leur publicité». Ils n'ont rien compris à la com. Et vlan, dans les dents ! C'est le Directeur de l'Institut des Sciences de la Communication qui le dit. Le rôle des communicants n'est pas de mettre une couche de vernis pour rendre l'entreprise plus jolie. "Ils ne sont pas là pour passer de la pommade ou pour faire les M. ou Mme Ripolin" pour parler woltonien.

Communiquer, c'est négocier.

D. Wolton

Le communicant ne doit pas être simplement la voix du dirigeant. Ce modèle est voué à l'échec, «le top down ne marche plus» (voir tribune du sociologue parue dans Le Monde). Il doit mobiliser l'intelligence collective pour représenter les différentes logiques de l'entreprise.

«Son rôle est d'identifier la pluralité des richesses et de les faire reconnaître aux autres». Pas simple car «aujourd'hui plus, on est exposé à des millions de messages. Le public est donc plus éduqué». Il ne s'en laisse plus conter... A charge pour le communicant de composer avec cette nouvelle donne, de redoubler d'efforts pour être convaincant, et surtout, d'ouvrir le dialogue et de négocier plus que jamais.

A côté de l'idéal de la "communication-partage" recherché par tous, de la réalité dominante de la "communication-transmission" où la hiérarchie communique du haut vers le bas, se développera la "communication-négociation" où l'émetteur doit toujours tenir compte de l'intelligence des récepteurs et accepter un retour critique.

D. Wolton

C'est un discours qui colle parfaitement aux RP. Dans ce métier, on passe sa vie à négocier. Intermédiaire entre les journalistes et les porte-parole de l'entreprise, on essaye de négocier des délais avec les uns parce que les autres tardent à répondre, à essayer de convaincre les journalistes que «si si, cette approche est vraiment nouvelle pour telle ou telle raison que le PDG serait ravi de vous détailler». On fait la danse du ventre à longueur de journée pour obtenir -que dis-je, arracher- des infos à Machin qui, au bout du compte, nous dit qu'il vaudrait sans doute mieux se rencarder auprès de Bidule, qui préfère demander la permission à TrucMuche qui n'est pas franchement du même avis que Machin. Sauf qu'au bout du compte il est trop tard, le journaliste a préféré jouer la sécurité et s'adresser à un interlocuteur plus réactif. Je ne vous parlerai pas du nombre de fois où on se fait envoyer bouler des 2 côtés, ce n'est pas le sujet :-( Mais c'est les joies du métier. Chez l'annonceur en tous cas.

On est ce que Dominique Wolton appelle «des souplineurs», qui mettent de la soupline pour arrondir les angles. Pas le choix : «l'autre fait -parfois- chier mais je dois cohabiter*». Pire, on doit le ménager parce qu'on a besoin de lui et de tous les autres pour communiquer.

Dans la communication, le plus facile concerne la technique,
le plus compliqué, les hommes et les sociétés.

D. Wolton

Autre difficulté du métier soulignée par le sociologue : "il n'y a pas de rentabilité maximum car on est sur le l'humain". ça aussi c'est très vrai en RP. Certaines actions pour lesquelles on se démène capotent, d'autres dans lesquelles on croyait moyen fonctionnent super bien. Allez donc dire à votre N+1 que c'est "la faute à l'humain" ;-( Pas sûr qu'il apprécie... Même si c'est le Directeur de l'Institut des Sciences de la Communication qui vous l'a soufflé...

La perception du message par le récepteur ne correspond pratiquement
jamais à la réalité du message.

D. Wolton

Dominique Wolton dit aussi de ce métier qu'il est "sous-valorisé", et c'est sans doute lié.

Il appelle les communicants venus l'écouter à s'indigner : "Résistez à l'idéologie dans laquelle on veut vous enfermer, luttez contre la représentation du communicant faire-valoir. Faites la révolution"...

* oui, Dominique Wolton a vraiment dit ça !!!

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